12/11/2021

11 novembre 1918, 11 heures du matin.
Dans les tranchées du front, des hommes terrés, épuisés, fébriles attendent… Soudain, le son du clairon tant attendu résonne tout au long des lignes du front.
Sortir enfin des tranchées sans rencontrer la mort !
Et derrière les barbelés, l’Autre ! Celui qu’il fallait tuer, anéantir, il y a encore quelques instants…
Le souvenir des camarades morts ou blessés se mêle à la joie de se sentir vivant, libre.
La mort ! cette compagne familière, depuis tant de temps qui frappe encore en ce 11 novembre 1918… 11 000 tués, blessés ou disparus.
L’armistice signé à 5h15 à Rethondes,au cœur de la forêt de Compiègne, dans le wagon du Maréchal Foch met fin à 1 561 jours de combats.
Aujourd’hui, nul ne saurait décrire les souffrances physiques et psychologiques endurées par ces combattants de l’enfer !
Plus aucun témoin vivant ! Nos chers poilus ont emporté dans leur mort, leur terreur, leur douleur, leur haine et leur ressentiment.
De cette terrible épreuve, les nombreux témoignages écrits qu’ils nous ont laissés, nous font entrevoir l’horreur. 
Jean Giono écrira en 1936 :
 « Je ne peux pas oublier la guerre.
Je le voudrais. Je passe des fois deux jours ou trois sans y penser et brusquement, je la revois, je la sens, je l’entends, je la subis encore. 
Et j’ai peur. Ce soir est la fin d’un beau jour de juillet.
La plaine sous moi est devenue toute rousse. On va couper les blés. L’air, le ciel, la terre sont immobiles et calmes.
Vingt ans ont passé. Et depuis vingt ans, malgré la vie, les douleurs et les bonheurs, je ne me suis pas lavé de la guerre.
L’horreur de ces quatre ans est toujours en moi. Je porte la marque. Tous les survivants portent la marque ».
Mes chers compatriotes, en ce 11 novembre 2021, nous voici rassemblés pour témoigner notre reconnaissance éternelle à tous nos soldats morts sur tous les champs de batailles.
Nous voici rassemblés, pour honorer la mémoire de tous nos militaires qui ont perdus la vie en assurant la protection des français et de la France.
Nous voici rassemblés, pour accomplir notre devoir de mémoire envers tous ceux qui, par leur courage, par leur engagement, ont défendu les valeurs de notre Nation, de notre République.
Qui aurait pu imaginer que cette guerre d’un nouveau genre, une guerre, totale et mécanique, entraînerait le sacrifice de plus de 10 millions de soldats et causerait autant de victimes civiles !
« Plus jamais cela ! ». On clamait haut et fort que cette guerre serait la « der des der ». Tout le monde voulait y croire.
Le traumatisme des tranchées, l’ampleur des destructions avaient nourri un pacifisme généralisé, tel qu’il ne s’en était jamais présenté auparavant. 
Malgré tous les sacrifices consentis, cette épreuve n’apportera pas à l’Europe un nouvel ordre, fondé sur la paix, la concorde et la liberté, ordre auquel tant d’hommes et de femmes aspiraient.
La guerre s’achèvera officiellement par la signature du traité de Versailles,le 28 juin 1919. 
Ce traité, dicté par les vainqueurs, ne réglera pas les vieilles querelles entre États du vieux continent. 
D’autres traités vont se succéder, Trianon, Tartu, Sèvre, Rapallo... Ils chercheront à régler les conséquences du conflit.
Mais la nouvelle carte de l'Europe, qui prétendait vouloir poser les bases de la démocratie et le respect du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, va rester loin de ces objectifs.
Les frontières, souvent mal taillées, vont rapidement engendrer des divisions et des conflits.
Au-delà des meurtrissures des êtres, la guerre a économiquement ravagé tous les Etats européens. L’Europe s'est terriblement appauvrie…
Progressivement, la confiance des populations en l’avenir va s’effondrer. Les États endettés vont devoir rembourser leurs emprunts et verser des pensions aux mutilés, aux veuves et aux orphelins.Le retour à une vie normale n’est pas pour demain. 
L’inflation va pénaliser les plus fragiles, paysans, salariés, invalides, retraités… En Allemagne, en 1922, elle est galopante… La misère s’installe. 
La reconstruction de l'Europe dépend, en partie, des États-Unis, qui sont les grands bénéficiaires de la guerre. Les Américains prêtent de l'argent au monde entier. Le dollar devient la monnaie de référence pour le commerce international.
Certains banquiers et, surtout, de grands industriels ont profité de la guerre pour s'enrichir. On dénonce les « profiteurs de guerre ».
Les tensions, les déceptions, les humiliations, le ressentiment des peuples, les crises économiques auront pour conséquence la montée des nationalismes. 
Dans ces pays mécontents, la démocratie est remise en question : à gauche par des révolutionnaires qui veulent suivre l'exemple de la Russie, à droite par des ligues nationalistes.
La création de la Société des Nations (la S.D.N.) née du traité de Versailles, est la première organisation internationale permanente destinée à trouver des solutions pacifiques aux conflits entre États.
Des hommes, veulent, coute que coute, construire la paix !
Aristide Briand ministre des affaires étrangère est de ceux-là ! Il mettra toute son énergie pour « qu’une Europe nouvelle se lève » et fera une proposition d'union fédérale européenne. Il recevra leprix Nobel pour la paix en 1926.
Hélas ! L’idéal de la sécurité collective sera très vite submergé par les nationalismes égoïstes ! 
Déstabilisée par les coups de butoir et l’agressivité du Japon, de l’Italie et, plus tard, de l’Allemagne nazie, la SDN deviendra impuissante au fil des années et ne résistera pas aux tensions liées à la crise économique. Une autre guerre se prépare…
La SDN s’éteindra en 1946. Mais elle laissera en héritage des institutions Internationales toujours d’actualité : l’Organisation Mondiale de la Santé. (l’OMS) et le Haut-Commissariat aux Réfugiés (le HCR).
Mes chers compatriotes, cette journée de commémoration est aussi l’occasion de rendre hommage aux bâtisseurs de la paix qui ont lancé le processus de construction européenne.
Des hommes portés par le même idéalqu’Aristide Briand, vont fonder, dans les années cinquante, une Europe en paix, basée sur les valeurs humanistes des droits de l'homme, de la démocratie et de l'Etat de droit. 
L'Allemand Konrad Adenauer, le LuxembourgeoisJoseph Bech, le Néerlandais Johan Willem Beyen, l'Italien Alcide De Gasperi, les FrançaisJean Monnetet Robert Schumanet le Belge Paul-Henri Spaak, ont été les premiers artisans de la paix. 
De leur volonté, naitront le Conseil de l'Europe en 1949, la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) en 1950 et la Communauté économique européenne (CEE) en 1957.
L’Union Européenne, depuis sa création, a poursuivi leurs objectifs : assurerla paix, faciliter les échanges, le dialogue et la coopération entre ses états membres.
Depuis 76 années la paix règne en l’Europe.
Mais aujourd’hui qu’en est-il des idéaux de ces pères fondateurs ? Qu’en est-il de la prospérité et du bonheur des peuples ?
La violence des politiques libérales, menées au cours de ces dernières décennies, a provoqué une augmentation considérable des inégalités, renforçant la pauvreté, les injustices et l’exclusion.
Depuis quelques années, certains pays remettent en cause les principes de l’Union.
En 2O20, la Grande Bretagne est sortie de l’UnionEuropéenne par le Brexit.
Deux pays, la Pologne et la Hongrie, rejettent la notion même d’état de droit, d’indépendance de la justice !
Le projet européen ne peut pas se construire dans le scepticisme des peuples. 
Depuis 2020, le monde entier traverse une crise sanitaire sans précédent.
La pandémie de Covid-19 n’a épargné aucun continent.
L’épidémie est devenue un enjeu de santé publique. Elle a relancé le débat sur la paupérisation de l’hôpital public et sur les défaillances de notre système de prévention.
Si la pandémie a réveillé les égoïsmes nationaux pour ce qui est des vaccins ou des stocks stratégiques, elle a aussi révélé combien la solidarité internationale est une exigence pour la survie de l’humanité.
Dans notre pays, face à l’épidémie, les collectivités territoriales se sont mobilisées pour soutenir leurs citoyens dans cette crise inédite.
La solidarité s’est exercée localement sur tous les territoires. Elle a montré combien ce besoin d’aider, d’accompagner les plus vulnérables était une opportunité de faire société.
Professionnels de santé, d’éducation, associations, citoyens, élus, se sont engagés au quotidien.
Je souhaiterais encore remercier les personnels soignants, pour leur engagement sans faille et leur courage.
Ce n’est que par la coopération entre les êtres, entre les peuples, entre les territoires que l’on peut penser l’avenir ensemble.
La solidarité doitêtre le maître mot des politiques publiques en développant cette culture de l'entraide pour penser un monde nouveau.
C’est la clé de la paix sociale !
L’Europe doit s’emparer urgemment de la problématiquede la construction de l’Europe sociale. Les décideurs doivent en faire une priorité.
En France, alors que la campagne pour l'élection présidentielle de 2022 s’accélère, des hommes et des femmes, par leurs propos haineux, attisent les vieux démons qui ont conduit aux heures les plus noires de notre histoire.
« Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire » nous dit Albert Einstein.
La paix passe par un combat de chaque instant contre le racisme et l’antisémitisme et le repli sur soi.
Ce n’est pas par le rejet de l’autre que les grands défis écologiques qui se dressent devant pour sauvegarder notre planète pourront être relevés !
C’est par la coopération entre les êtres, entre les peuples, entre les territoires que l’on peut penser et espérer un avenir pour la terre et pour l’humanité.
 
Vive la république, vive la France, vive la paix !